Fjord
Fjord
Fiche technique
Mon avis
Un film difficile à évaluer. Sur la forme, il n’y a pas photo : c’est très bien réalisé (avec une belle science du plan-séquence), très bien monté et très bien interprété (avec une mention spéciale pour Sebastian Stan). La narration, tout en tension, est par ailleurs captivante du début à la fin. Sur le fond, c’est plus compliqué. Le scénario, intéressant à bien des égards, ne laisse pas indifférent mais laisse un peu perplexe. L’un des intérêts réside dans la contemporanéité du regard social, dans la présentation d’une société occidentale de plus en plus clivée entre progressisme laïc et conservatisme religieux. Un autre intérêt est de refuser le manichéisme et de montrer qu’il peut y a avoir de l’intolérance et de l’intransigeance dans les deux camps. Cristian Mungiu fait avancer son récit en position d’arbitre, attribuant de bons et de mauvais points à droite comme à gauche, alternant défense et accusation. Mais au final pour dire quoi ? Quelle est sa thèse ? Un relativisme des valeurs, des cultures, des notions d’éduction et de liberté ? Une mise en garde contre un progressisme qui peut devenir un nouveau fascisme ? On pouvait espérer plus de clarté en termes d’intention et de positionnement. Idem sur le plan dramatique. En ne tranchant pas sur la “vérité” de l’histoire, l’auteur reste sur le terrain des convictions et d’une opposition inconciliable. Soit. Mais en cultivant l’ambiguïté jusqu’au bout, tout en renforçant le sentiment d’oppression éprouvé par la famille au cœur du débat, il laisse un doute sur la possible fibre réac de son propos.
Palme d’or au festival de Cannes 2026.
Frédéric Viaux (film vu le 27/08/2026)