L’Armée des ombres
L'Armée des ombres
Fiche technique
Mon avis
Plus de vingt ans après avoir porté à l’écran Le Silence de la mer, de Vercors, Jean-Pierre Melville signait un autre film sur la Résistance avec cette Armée des ombres. Après la résistance passive d’un vieil homme et de sa nièce, délibérément muets face à l’occupant allemand, il évoquait ici une résistance active, un monde de l’ombre, aux agissements souterrains. Le scénario est adapté d’un roman de Joseph Kessel. Il est également empreint des souvenirs personnels du réalisateur, alors que celui-ci appartenait aux FFL, où il s’était d’ailleurs choisi le patronyme qu’il a toujours gardé par la suite (en hommage à l’auteur de Moby Dick). Le scénario s’inspire enfin de quelques réseaux célèbres de la Résistance française et de certaines figures importantes (Jean Cavaillès, Lucie Aubrac). Tourné vers l’action, donc, ce film a l’immense mérite de ne jamais céder à la facilité : pas d’héroïsme appuyé, pas de patriotisme exacerbé, pas de surdramatisation. Mais des hommes, des faits, une tension constante, une précision sans fioriture et bien tranchante. Il n’y a là aucune scène en trop, aucun mot en trop. Au centre des relations humaines, d’une belle et austère densité : l’intérêt individuel et l’intérêt collectif, la solidarité et la trahison, le sens du devoir et de l’honneur, le courage et la peur. Autant de thèmes chers au réalisateur dans l’ensemble de sa filmographie. La mécanique narrative de L’Armée des ombres (qui multiplie habilement les points de vue) associe tous ces thèmes rigoureusement et sobrement, en fait jaillir une noirceur tragique à la fois implacable et bouleversante, qui doit également beaucoup à l’interprétation générale, vraiment remarquable (Ventura, Signoret, Meurisse, Cassel, Crauchet…). Au final, c’est sans conteste l’un des meilleurs films de Melville et l’un des meilleurs films sur la Résistance en France.
Musique : Éric Demarsan.
Frédéric Viaux (film vu le 04/09/1993, revu le 09/05/2015)
Au contraire d’Hollywood et ses grosses machines de guerre au ton héroïque et spectaculaire, la France montre un côté de la guerre où l’on célèbre la dignité et le sacrifice de certains Français face à la présence allemande. Ce film en est un brillant exemple. Melville choisit d’adapter le roman de Kessel, qui est construit sur les relations humaines d’une poignée de résistants montrés dans leur labeur quotidien, affrontant le danger et la solitude, avec leurs convictions idéologiques et leurs faiblesses. Melville insiste sur la notion de clandestinité telle qu’elle fut ressentie par ces combattants de l’intérieur pour gêner l’occupant, alors qu’ils sont guettés par la police de Vichy et la Gestapo. Même s’ils ne sont pas victorieux à la fin, on comprend le sens de leur combat. Le film peut sembler austère, froid et rigoureux, c’est ce qui fait sa force, même dans les scènes tendues comme celles de l’hôpital militaire au suspense millimétré, le tout étant servi par des acteurs constamment admirables.