Le Silence
Tystnaden
Fiche technique
Mon avis
Un film déconcertant, ouvert à interprétations. Peu bavard (à l’inverse de nombreux autres films d’Ingmar Bergman), malaisant, frustrant, il laisse cependant une forte impression d’étrangeté, un trouble qui perdure longtemps après la fin (cruelle et totalement abrupte). Après À travers le miroir et Les Communiants, Le Silence conclut une trilogie bergmanienne souvent présentée comme la « trilogie de l’absence de Dieu ». Absence de Dieu qui se concrétise ici (en l’absence de thématique religieuse) par un petit théâtre de l’absurde et par un sentiment puissant de déréliction. Les trois personnages principaux semblent perdus dans un pays apparemment en guerre mais bizarrement sans grande agitation, dans une langue étrangère à laquelle ils ne comprennent rien ; le petit garçon joue (et pisse) dans les couloirs d’un grand hôtel, plutôt désert, hormis la présence insolite d’une troupe de spectacle composée de nains ; Ester (la tante du petit garçon) crache ses poumons sous l’œil méprisant de sa sœur Anna, qui s’échappe dès qu’elle peut pour chercher une aventure sexuelle, laissant la malade noyer sa maladie et sa jalousie dans l’alcool et la masturbation. Une jalousie qui prend, semble-t-il, la couleur d’un désir incestueux rarement évoqué sous cet angle au cinéma. Lequel désir vient en parallèle de quelques évocations œdipiennes plus classiques entre Anna et son fils.
Ingmar Bergman, après avoir évacué l’idée de Dieu, plonge donc dans les méandres des relations humaines, dans les tourments conflictuels de la chair et de l’esprit, et sonde – au-delà des tabous – des abîmes de frustration sexuelle, de névroses (exacerbées), d’incommunicabilité et de haine. Il propose une approche de son sujet à la fois charnelle, avec une perspective érotique, et épurée, sèche, presque abstraite, narrativement parlant. Le film, à l’époque, a non seulement déconcerté mais aussi scandalisé. Le cinéaste a eu des ennuis avec la censure. En France, Le Silence a été vilipendé par François Mauriac et diffusé dans une version amputée, interdite aux moins de 18 ans.
Chef op’ : Sven Nykvist.
Frédéric Viaux (film vu le 06/10/2024)