Les Enfants sans terre
Los niños sin tierra
Fiche technique
Mon avis
De documentaire en documentaire (La Brûlure, 2009, Les Rêves du château, 2018, Les Enfants sans terre, 2026), René Ballesteros développe des thématiques récurrentes : la filiation mystérieuse et douloureuse, la quête identitaire, la puissance des rêves, la terre originelle, les esprits associés à cette terre… Du réalisme viscéral aux frontières du fantastique. C’est ce qui fait la singularité de son cinéma.
Dans Les Enfants sans terre, on suit de manière immersive le cheminement physique et le cheminement intérieur de deux enfants adoptés, à la recherche de leur histoire et d’un ancrage personnel, là où dans La Brûlure le réalisateur proposait son propre cheminement introspectif, en mode “autodocumentaire”. René Ballesteros est un bon “créateur de situations”, propices à faire éclore des révélations, des sensations. Il y a quelque chose qui vibre en permanence, qui éveille un intérêt empathique pour les personnages et un intérêt presque mystique pour une terre, le sud du Chili, noyé de pluies et de brumes. Le montage alterne les parcours des deux protagonistes, les informations concrètes et les scènes à portée plus symbolique (dont une très belle, vers la fin, dans une grotte en forêt, cavité maternelle et porte d’entrée vers le monde des esprits, bruissant de mille et une voix). La progression narrative est intéressante : un puzzle de vie qui s’assemble peu à peu dans un cas, en ouvrant quelques horizons nouveaux ; une situation plus frustrante dans l’autre cas.
Trois bémols cependant. Le premier porte sur le sujet en général, au-delà des deux cas particuliers qui nous sont présentés. Il y a bien quelques phrases contextuelles au début du film, mais il aurait été intéressant d’avoir quelques informations en plus pour mieux cerner les raisons, sociales ou politiques, de tous ces abandons ou “vols” d’enfants mapuche dans les années 1970-1980, durant la dictature. Le deuxième est lié au nombre de personnages secondaires et à une certaine difficulté, parfois, pour les identifier (on se perd un peu dans les liens familiaux). Le troisième tient au dénouement : un nouveau voyage, une nouvelle rencontre, un nouveau chapitre qui semble s’ouvrir mais se clôt très vite, et clôt ainsi le film. Dommage de ne pas être resté dans la grotte ou, mieux, près de la grotte, dans cette belle forêt chilienne. Quoi de mieux que des arbres pour un enfant qui retrouve ses racines ?
Frédéric Viaux (film vu le 26/03/2026)