Mort d’un cycliste

Muerte de un ciclista

  • La piste aux étoiles

Fiche technique

Titre en VF
Mort d'un cycliste
Titre en VO
Muerte de un ciclista
Année (copyright)
1955
Réalisateur(s) et acteurs principaux
Réalisateur Juan Antonio Bardem, Acteurs, Lucia Bosè, Alberto Closas, Otello Toso, Carlos Casaravilla, Bruna Corrà, Julia Delgado Caro, Matilde Muñoz Sampedro, Alicia Romay
Genre(s)
Film noir
Thématiques
Adultères, Accidents de la route et conséquences, Critiques de la bourgeoisie, Culpabilité, Chantages, Femmes fatales, Beautiful losers, Enseignants - professeurs, Madrid, Films de 1955
Pays de production
Espagne,  Italie
Durée
1 h 30 min
Résumé
Maria José, épouse d'un riche homme d'affaires madrilène, et Juan, professeur à l'université, ont une liaison adultère. Ils roulent à bord de la voiture de Maria José lorsqu'ils percutent un cycliste sur une route de campagne. Craignant que cet accident ne mette au jour leur relation, les deux amants prennent la fuite et abandonnent le cycliste dont les journaux relateront, plus tard, la mort. Maria José et Alberto devront faire face à leur mauvaise conscience et au chantage d'un mondain.
IMDB

Mon avis

C’est le cinquième long-métrage de Juan Antonio Bardem (l’oncle de Javier), les deux premiers ayant été cosignés avec Luis García Berlanga. C’est aussi un film important dans l’histoire du cinéma espagnol, marquant un renouveau en des temps franquistes dominés artistiquement par un courant national-catholique. Le renouveau passe par une audacieuse peinture sociale, très critique, qui imprègne et nourrit une intrigue de film noir plus classique, rassemblant tous les ingrédients du genre : héros loser, femme fatale, adultère qui tourne mal, chantage, destin malheureux et ironie tragique. Cet aspect “film de genre” est bien réalisé, bien interprété. Mais c’est le regard sur la société espagnole qui donne au film son réel intérêt, sa profondeur, sa densité. La société franquiste, Bardem nous la montre divisée entre une bourgeoisie hautaine, arrogante, et une plèbe misérable, considérée comme vaguement insignifiante et anonyme ; une bourgeoisie qui écrase littéralement le petit peuple (via la métaphore de l’accident de la route), tout en s’achetant une bonne conscience par le biais des “bonnes œuvres”, sociales ou religieuses. Le cinéaste décrit un petit monde de notables avides, hypocrites, égoïstes, lâches ; un petit monde où la position sociale et le matérialisme priment sur tout, la conscience, la morale, l’amour… Le regard est acéré, le discours et quelques effets stylistiques s’avèrent parfois un peu appuyés, mais l’ensemble demeure toujours intéressant et tendu. Il est surprenant de considérer que ce film a pu passer le contrôle des autorités espagnoles de l’époque et être vu notamment à Cannes où il a reçu le Prix de la critique internationale en 1955. Mais après cette réalisation, Bardem, ses idées communistes et ses films engagés auront du mal à trouver une voie sereine en Espagne : arrestation par la police, tournage de Calle Mayor interrompu, censures en tout genre. Le réalisateur continuera quand même à tourner des films, semble-t-il moins retentissants, et à en produire d’autres, notamment Viridiana de Luis Buñuel, autre œuvre subversive oubliée par la censure.

Frédéric Viaux (film vu le 10/05/2013)

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