Notre salut
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Fiche technique
Mon avis
Ce n’est peut-être pas le chef-d’œuvre annoncé par une large part de la presse française, mais c’est un film singulier et intéressant. Un nouveau film français sur la période de la collaboration, après celui de Xavier Giannoli, Les Rayons et les Ombres. Même cadre temporel, mais tout autre style : sans grande reconstitution historique, sans grande ampleur narrative. Là où Xavier Giannoli embrassait large, Emmanuel Marre a fait le choix de coller à l’histoire d’un homme (son arrière-grand-père) et à celle d’une fonction (directeur d’une section du Commissariat à la lutte contre le chômage), en plongeant au cœur de l’administration française, sous le régime de Pétain. Il filme au plus près de son personnage central et des personnages annexes, dans des lieux souvent clos et dans une esthétique de réalisme documentaire (grain d’image à l’ancienne, lumière crue…) qui permet de restituer un “présent de l’histoire” (selon ses propres termes). Un peu à la manière de Peter Watkins, sans le jeu entre réalité et fiction. Cette esthétique resserrée, frontale et vibrante rend palpables la banalité de l’opportunisme et de la compromission, la banalité de la dérive politique et morale, et accentue les échos à notre époque contemporaine. Forme et fond constituent ainsi un ensemble intelligent. Et audacieux. Car la plongée “documentaire”, “minimaliste”, “sèche”, dans cette époque trouble, auprès d’un personnage sans scrupule, qui voit dans la défaite et la collaboration françaises un échappatoire à sa vie d’échecs, n’a rien de “plaisant”. Mais elle a quelque chose de nécessaire en termes de résonnance. Est-ce qu’étaient nécessaires, par ailleurs, les petites touches anachroniques et fantaisistes du film (la BO, la scène de danse…) ? Pas sûr. Plus évident est l’intérêt du versant épistolaire de la narration (Emmanuel Marre s’est inspiré de la correspondance entre son arrière-grand-père et son arrière-grand-mère, correspondance lucide et cinglante). Comme est évidente la qualité de la prestation de Swann Arlaud dans un rôle peu aimable. Physique aiguisé. Voix claire. Personnalité opaque.
Prix du scénario au festival de Cannes 2026.
Frédéric Viaux (film vu le 28/09/2026)