Romería
Romería
Fiche technique
Mon avis
C’est un récit intime, nourri de l’histoire personnelle de la réalisatrice, Carla Simón, et porteur à ce titre d’une forme de catharsis. Une catharsis déployée en douceur. C’est aussi une chronique sociale, avec un va-et-vient temporel entre les années 1980 et les années 2000, qui permet de plonger dans la période post-Franco en Espagne, période de liberté et d’excès, période de l’apparition du sida, tout en posant une critique de la bourgeoisie et du patriarcat, avec ses préjugés, ses tabous, son mépris social. La narration épouse le pèlerinage (“romeria” en catalan) de la jeune héroïne sur les lieux de vie de ses parents défunts et d’une famille paternelle qu’elle ne connaît pas. Cette narration avance avec simplicité, justesse et délicatesse, en faisant se répondre deux journaux intimes, celui de l’héroïne et celui de sa mère. Belle idée. Et belle sensibilité générale, qui capte par petites touches des impressions sensorielles (la mer, le soleil…), des instants cruels, une mélancolie diffuse, ainsi que la quête d’une vérité, l’appropriation d’une histoire familiale, les fondements d’une identité. La tonalité est globalement au réalisme, avec une touche d’onirisme (la reconstitution imaginaire d’un épisode de vie passé des parents défunts) et une touche de surréalisme mortifère (la scène de bal). Bref, il y a du cinéma dans ce film. Du cinéma qui reste encore assez sage, un peu trop dans la retenue probablement pour atteindre des sommets. Mais du cinéma qui témoigne d’une maîtrise fine et qui fait éclore une actrice, Llúcia Garcia, modeste et solaire.
Frédéric Viaux (film vu le 19/04/2026)