Silent Friend
Silent Friend
Fiche technique
Mon avis
Un film d’une grande originalité, d’une grande richesse et d’une grande beauté. C’est à la fois une expérience narrative, une expérience intellectuelle et une expérience sensorielle, unies et transcendées dans un geste poétique vraiment étonnant. Et souvent fascinant. En prenant pour cadre unique une université allemande et pour personnage central un arbre enraciné dans son jardin botanique, lequel voit passer différents groupes de personnages humains à trois époques différentes, la réalisatrice hongroise Ildikó Enyedi avance en terres peu défrichées au cinéma, explorant de façon inédite et inouïe les connexions mystérieuses du monde vivant, animal et végétal, avec un focus sur la sensibilité, la communication, la conscience (?) du monde végétal. Elle ouvre un champ visuel et sonore qui nourrit une rêverie scientifique, sans négliger les portraits de personnages humains et le caractère concret de leurs histoires. Au-delà de l’exploration végétale, le film est ainsi une belle exploration humaine, une ode à la curiosité intellectuelle, à la liberté de penser, d’être. Avec subtilité, des correspondances se font jour entre les différents univers vivants, captés par une approche et une réflexion communes sur la façon d’être au monde, le temps, la solitude, le silence… C’est singulièrement inspiré.
Contemplatif et méditatif, ce film offre par ailleurs un long moment de calme et de douceur, infiniment appréciable. Comme une respiration dans l’agitation du monde. Comme un écrin d’intelligence et de sensibilité dans la folie du monde. Et comme une autre voie (voix ?) dans le cinéma actuel. “J’imaginais un film sensuel, au sens le plus simple et le plus fort : un film qui ralentit notre appétit pour l’histoire, pour la tension, pour le drame, pour l’intrigue, qui propose autre chose, explique la réalisatrice dans un entretien pour l’AFCAE. Le cinéma peut aussi fonctionner ainsi. L’image et le son déclenchent des sensations qui ne passent pas nécessairement par le récit.”
Le langage cinématographique ici déployé témoigne d’une inventivité à tous les niveaux : réalisation, photo, montage, bande son, bande originale. Elle gouverne aussi la composition d’un casting qui paraît hétéroclite sur le papier, mais qui s’avère joliment harmonieux, avec notamment un Tony Leung toujours aussi fin. Perle rare d’un film rare.
Festival de Venise 2025 : Prix Marcello Mastroianni du meilleur jeune espoir pour Luna Wedler et Prix de la critique internationale.
Frédéric Viaux (film vu le 05/04/2026)