The Square
The Square
Fiche technique
Mon avis
Une histoire extraordinaire de gens ordinaires
Il est chef de chantier d’une entreprise de BTP. Elle travaille dans un salon de coiffure. Ils sont mariés chacun de leur côté… et insatisfaits. Alors qu’elle vivote dans un univers macho et violent, il s’ennuie dans un quotidien morne et petit-bourgeois. Ray et Carla se retrouvent sur des parkings isolés ou dans des chambres d’hôtels pour faire l’amour. Une histoire d’adultère comme les autres, dans une ville bien tranquille. Mais lorsque la belle infidèle découvre dans sa maison un sac rempli de gros billets, caché par son mari, l’idée de se faire la malle avec le beau Ray ne fait qu’un tour dans sa tête. Rêvant d’une vie libre et moins ordinaire, les deux amants mettent au point un stratagème pour filer en douce. Mais rien ne va se passer comme prévu…
Noir, c’est noir
Un homme un peu faible, une femme fatale, un magot, des imprévus en série, une situation de plus en plus inextricable… Le coscénariste (et acteur) Joel Edgerton a réuni tous les ingrédients du film noir, en s’inspirant de faits divers. Il a par ailleurs eu la bonne idée (et l’habileté) de croiser plusieurs intrigues : celle des amants qui cherchent à cacher leur relation, celle de Ray qui s’empêtre dans des affaires de pots-de-vin, ainsi qu’une histoire de chantage qui couronne et complique le tout. Les personnages principaux sont pris dans un engrenage infernal qui les conduit de fausses pistes en catastrophes involontaires. On trouve aussi quelques signes annonciateurs de l’issue finale (l’histoire parallèle et décalée des deux chiens) et une ironie tragique propre au genre. Ray est ainsi qualifié de héros après avoir sauvé le bébé de l’homme dont il a provoqué la mort… Nash Edgerton, frère de Joel et réalisateur du film, s’applique à faire monter crescendo la tension et à développer une atmosphère pesante à mesure que l’étau se resserre sur les protagonistes. Une image à “gros grains” contribue aussi à accentuer la dimension de cauchemar éveillé.
Déjà vu, mais efficace
Si les voies du destin sont impénétrables pour les personnages, elles sont plus limpides pour le spectateur qui est habitué au film noir. La mécanique fatale s’enclenche de façon assez prévisible, les (mauvais) coups du sort s’enchaînent un peu trop systématiquement, mais le film tient la route. Il est facile et plaisant de se laisser prendre par l’histoire. Côté acteurs, Claire van der Boom, dont c’est le premier rôle au cinéma, n’est certes pas Lana Turner, mais elle s’en tire plutôt bien, avec fraîcheur et naturel. David Roberts, aperçu dans les deux derniers Matrix ou encore dans Ghost Rider, présente hélas toujours la même expression de visage crispé, mais ne manque pas de présence. Quant à la mise en scène, elle a le mérite d’être efficace. Nash Edgerton maîtrise son sujet. On peut préférer à cette œuvre un autre thriller noir australien, Lantana (2001), moins basique, plus stylisé, plus troublant. Mais ça n’enlève rien à la bonne facture de The Square.
Frédéric Viaux (film vu le 12/01/2009)
Article paru sur le site culturclub.com