Une Femme douce
Une femme douce
Fiche technique
Mon avis
Heureusement que l’histoire (tirée d’une nouvelle de Dostoïevski, La Douce, 1876) est touchante. L’histoire d’une jeune femme étouffée par le matérialisme, le conformisme, la jalousie, l’amour-prison de son mari, elle dont la pauvreté lui a fait faire le choix du confort et de la sécurité, elle qui aspirait pourtant à quelque chose de “plus large”, elle qui s’est figée entre rébellion et soumission, elle qui est passée du tutoiement au vouvoiement de son mari… Heureusement aussi qu’il y a Dominique Sanda dont la présence et le regard ont quelque chose de déchirant. C’était son premier rôle au cinéma. Sans être encore très sûre d’elle et dirigée trop strictement par Bresson, l’actrice parvient à exprimer la douceur et la douleur de son personnage avec une lumière certes pâle, mais qui suffit à percer le dispositif volontairement atone du cinéaste. En revanche, point de salut lorsque que Guy Frangin (le mari) apparaît à l’écran…
Le dispositif stylistique de Bresson dans la seconde partie de sa carrière (après une première partie reniée, comprenant des films comme Les Anges du péché, Les Dames du bois de Boulogne, Journal d’un curé de campagne…), c’est une recherche rigoureuse d’images “aplaties”, “insignifiantes”, et de “voix blanches” que font entendre des acteurs non professionnels (Dominique Sanda a d’ailleurs été recrutée pour ce film après une simple conversation téléphonique). Bref, une austérité monolithique devant constituer un “mur” qui protège des “vulgarités du cinéma” et sauve en quelque sorte la pureté du “cinématographe”. Bresson a bien disserté sur sa philosophie dans ses Notes sur le cinématographe (1975). On a le droit de trouver cette posture d’ascète, perché dans les hauteurs de sa pensée théorique, à la fois prétentieuse et paradoxalement anticinématographique. Dans Une Femme douce, la mise en scène, les dialogues et l’interprétation sont d’une raideur terrible et manquent cruellement de naturel. Ce qui dessert la force émotionnelle de l’histoire et peut frustrer le spectateur. L’utilisation de la voix-off, omniprésente, semble aussi difficilement compatible avec l’expression et l’appréhension du silence qui s’abat progressivement sur le mal-être du couple… Enfin, les problèmes techniques (postsynchronisation approximative, mauvais raccords d’images) n’arrangent rien à la tenue de l’ensemble.
Frédéric Viaux (film vu le 19/11/2013)