Superstar
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Fiche technique
Mon avis
L’argument de base est absolument kafkaïen. Il faut ensuite accepter un postulat : que personne n’enquête pour identifier la source du buzz qui a fait d’un type lambda un héros populaire. Postulat qui peut être considéré comme une faille logique ou déjà comme une critique de certains médias qui privilégient l’actu chaude et sensationnelle à l’enquête de fond. Ou encore comme l’illustration d’un abrutissement des masses qui prennent ce qu’on leur donne sans jamais se demander pourquoi. À partir de cet argument de base et de ce postulat, Xavier Giannoli brode une fable originale, entre délire absurde et souci de réalisme. Si la frontière entre ces deux tendances (préserver le mystère, analyser la situation) est parfois un peu flottante et indécise, le film n’en est pas moins très juste dans sa critique sociale du monde contemporain. Il pousse à leur comble les dérives possibles des nouveaux réseaux de communication, mais aussi l’emballement médiatique et le star-system. L’histoire dans laquelle se débat le pauvre Martin Kazinski (Kad Merad, très bon) est une sorte de machine infernale qui le dépossède de lui-même et de sa vie. Une machine actionnée par la mécanique des foules, promptes à idolâtrer comme à détester, et par celle des médias, prompts à « starifier » n’importe qui pour n’importe quoi. L’ironie jubilatoire, ici, vient du fait que le personnage central devient d’autant plus célèbre qu’il ne veut pas être célèbre. Célébrité qui tourne au cauchemar de persécution, entretenu par des gens de télévision qui en prennent pour leur grade : manipulateurs, cyniques, vulgaires… Giannoli appuie le trait tout en restant dans les clous de la programmation actuelle, avec ses talk-shows, sa téléréalité, ses présentateurs vedettes (on reconnaît facilement Jean-Luc Delarue derrière le personnage d’Alban). Bref, le scénario est bien senti, bien servi aussi par des dialogues simples et justes. La réalisation mise sur la vitesse pour accompagner la circulation folle des infos, le mouvement étourdissant de la peopolisation, la gloire éphémère, la déshumanisation en marche… Et c’est réussi, malgré une petite incohérence dans la temporalité au début du film (sur le nombre de jours qui s’écoulent avant que Martin Kazinski n’arrive sur le plateau de télévision) et malgré quelques baisses de rythme sur la longueur. On pourra aussi regretter la pirouette sentimentalo-morale de la fin, prévisible. L’ensemble, d’une belle ambition, demeure néanmoins de qualité.
D’après un livre de Serge Joncour (L’Idole, 2004).
Frédéric Viaux (film vu le 07/09/2012)