Tardes de soledad
Tardes de soledad
Fiche technique
Mon avis
Un prisme singulier sur le monde de la corrida, abordé de manière factuelle, brute, crue, dans l’arène et en coulisses. Sans volonté de glorifier ni de condamner, sans lyrisme ni ironie manifeste, Albert Serra donne à voir et à entendre, au plus près des hommes (le torero star Andrés Roca Rey et son équipe) et des taureaux (ces masses de muscles harcelées et mises à mort), au plus près des gestes et mimiques, des regards vides ou intenses, des mots triviaux ou vulgaires, au plus près du souffle, de la sueur, du sang et de la mort dans les yeux des animaux. Plans et micros serrés. Pas de vision globale du spectacle et des spectateurs. Pas de discours en voix off. Et donc pas de débat de fond (chacun, selon ses convictions, trouvera ce qui est montré noble ou ridicule, beau ou monstrueux), même si certaines situations ne flattent clairement pas les protagonistes (le torero tel un prince narcissique au milieu d’une cour experte en flagornerie). Le film est avant tout une remarquable expérience visuelle et sonore, immersive, attentive aux détails d’un univers hyper codifié et ritualisé, fonctionnant en vase clos, et qui cultive des paradoxes entre le raffinement des tenues et la violence des actes, entre un virilisme affirmé et un homoérotisme évident… Voilà qui rend cette expérience globalement étonnante et puissante. Elle est aussi malheureusement un peu répétitive (la dernière séquence est probablement en trop). Et un peu longue.
Coquille d’or au festival de Saint-Sébastien 2024.
Frédéric Viaux (film vu le 30/03/2025)