David Golder
David Golder
Fiche technique
Mon avis
« Le génie c’est un mot, le cinéma c’est un métier, un rude métier que l’on acquiert. Je n’ai pas d’illuminations. Rien chez moi ne se crée sans effort. » Voilà ce que disait le très prolifique Julien Duvivier, qui fut considéré comme un artisan dans les années 1920, avant d’être considéré comme un artiste (et comme un des grands réalisateurs français) à partir des années 1930, spécifiquement à partir de ce long-métrage, David Golder, qui est par ailleurs son premier film parlant. Changement de dimension pour le réalisateur, changement de dimension pour son acteur principal également : homme de théâtre reconnu, Harry Baur s’imposa avec ce film comme une vedette de cinéma.
Le scénario est adapté du roman à succès éponyme d’Irène Némirovsky, roman dans lequel l’écrivaine juive exprimait toute sa détestation de l’univers où elle évoluait : univers mondain lié au monde des affaires, univers de l’argent roi et indécent, réseau de relations humaines intéressées, égoïstes, cruelles. La critique sociale et morale, ainsi que la noirceur dramatique se retrouvent pleinement, fidèlement, dans le film. Sans en remettre en cause la justesse, on peut toutefois en regretter le manque de nuances. La charge est tellement féroce qu’elle en devient caricaturale, au point qu’elle pourrait – curieux paradoxe – être taxée d’un certain antisémitisme et d’une pure misogynie. Voilà qui rend le film, sur le fond, peu aimable. Et son dénouement, lourdement mélodramatique, n’arrange rien.
Sur la forme, c’est consciencieux et hétéroclite, avec des éléments assez modernes (mouvements de caméra, intonation de certains interprètes masculins, montage) et d’autres surannés (jeu péniblement théâtral de Jackie Monnier, séquence finale dans un bateau représenté en maquette…).
Frédéric Viaux (film vu le 16/03/2025)