Greenberg
Greenberg
Fiche technique
Mon avis
Portrait singulier d’un grand ado de 41 ans, en pleine crise existentielle et love story heurtée. Pour son sixième long-métrage, Noah Baumbach (coscénariste attitré de Wes Anderson et auteur notamment des Berkman se séparent) a réalisé une comédie romantique à sa façon : amusante sans être franchement comique… et pas vraiment romantique. Ou alors, d’un romantisme laborieux, tant les personnages principaux ont des difficultés à exprimer leurs sentiments et leurs désirs. Atypique, le film avance en zigzag, cahin-caha, en épousant l’instabilité et le caractère imprévisible de Greenberg. Personnage très fouillé, servi par un Ben Stiller étonnant, tout en intensité nerveuse et fragilité psychologique. Greenberg est un homme qui se cherche, qui doit faire face constamment à son incapacité à “être au monde”. Misanthropie, rapport difficile aux femmes, refus de s’investir dans une relation amoureuse, sens des responsabilités précaire… Le monde qui l’entoure le déstabilise et l’agace. Illustration symbolique et humoristique de son caractère rétif : il passe son temps à envoyer des lettres de plainte à American Airlines (pour un fauteuil mal réglé), Starbucks et autres compagnies de taxis… Plus intimement, Greenberg est contrarié par un passé riche en promesses non tenues (mélange de frustration et de culpabilité lié à une carrière musicale avortée, mais aussi à la mort de sa mère). Il a du mal à vivre au présent, hésitant entre insouciance post-ado et maturité d’adulte, et à sortir de lui-même, de son égocentrisme. Sa rencontre avec Florence ne va faire qu’accentuer cette confusion. Maladresse pour maladresse. Blessure pour blessure. Comme le dit Florence : “Les gens blessés blessent les gens.”
Il y a là des personnages et une histoire dignes d’un roman de John Updike (on songe à Rabbit). Sans être toujours sympathique, avec ses déraillements et ses crises, ce film séduit par sa légère drôlerie névrotique et son côté grave mais pas désespéré (jolie scène finale).
Mariée au réalisateur Noah Baumbach, Jennifer Jason Leigh (Short Cuts, Le Grand Saut, JF partagerait appartement…) a coécrit et coproduit ce film. Elle y interprète aussi un petit rôle.
Frédéric Viaux (film vu le 12/05/2010)