La Zone d’intérêt
The Zone of Interest
Fiche technique
Mon avis
C’est une plongée très dérangeante et très impressionnante dans la vie quotidienne du commandant du camp de concentration d’Auschwitz, Rudolf Höss, et de sa famille, côté vie domestique, sans jamais mettre un pied ni un œil de caméra dans le camp. Une incursion dans un confort bourgeois obscène et cynique à quelques mètres de l’horreur absolue. Jonathan Glazer et son équipe technique ont envisagé ce contraste avec une précision clinique et un minimalisme choc : sens géométrique du cadre et de la composition, suggestivité terrible du hors-champ, musique inconfortable. Chaque scène, chaque mot, chaque détail visuel ou sonore a été méticuleusement pensé pour faire sens. Faire sens en évoquant la banalité du mal tout en montrant un mal qui ronge les êtres de l’intérieur (dans la dernière partie du film), un bonheur de façade qui abrite une indifférence relative selon les personnages, une déshumanisation et une indécence, un déni ou un dégoût. Faire sens en questionnant aussi, peut-être, par transposition, notre propre rapport aux horreurs du monde, notre capacité à les tenir à une distance plus ou moins confortable.
La Zone d’intérêt (le titre reprend le nom donné par les nazis au périmètre de vie entourant les camps de la mort), au-delà d’offrir un angle inédit au cinéma sur la monstruosité de la Shoah, est un film d’une intelligence, d’une originalité (avec quelques passages expérimentaux) et d’une perfection technique rares. Rares et glaçantes.
Côté interprétation, il y a quelque chose de fascinant dans le travail corporel de Sandra Hüller.
C’est le quatrième long-métrage de Jonathan Glazer, dix ans après Under the Skin. Adaptation d’un roman de Martin Amis. Grand Prix au festival de Cannes 2023. Oscar 2024 du meilleur film étranger et du meilleur son. César 2025 du meilleur film étranger.
Frédéric Viaux (film vu le 04/02/2024)
Bizarrement la bande-annonce m’a beaucoup plus glacée que le film lui-même ! Qu’est-ce qui justifie la durée de ce film d’1 heure 45 ? Le dispositif de Glazer est génial et inédit mais il ne tient pas sur la durée. Tout est trop désincarné, certaines scènes sont trop elliptiques et surtout je m’attendais à plus de sonorités visuelles. La scène la plus glaçante pour moi se passe à la rivière, la couleur de l’eau s’assombrit, ce sont des cendres. La fin du film est très réussie, totalement inattendue.