Le Loup de Wall Street
The Wolf of Wall Street
Fiche technique
Mon avis
À chaque époque ses escrocs, ses malfrats… Sous l’œil de Martin Scorsese, les caïds de Mean Streets, les Affranchis, les mafieux de Casino ou des Infiltrés laissent place aux spéculateurs-arnaqueurs de Wall Street. De l’économie souterraine à l’économie virtuelle, de la violence physique au cynisme destructeur, le réalisateur continue de sonder un monde occulte et hors la loi, peuplé d’hommes en costard obsédés par l’argent, la vie facile et différents paradis artificiels. Avec ce Loup de Wall Street, adapté du livre autobiographique de Jordan Belfort, golden boy scandaleux de la finance new-yorkaise des années 1980-1990, on est donc bien dans un univers scorsesien, mais aussi sur une trajectoire dramatique qu’affectionne particulièrement le cinéaste, de l’ascension à la chute, entre grandeur et décadence. Seule la tonalité change et surprend. À la noirceur ou à la classe des précédents films de gangsters de Scorsese succède une sorte de bouffonnerie grotesque, comme un écho à la vulgarité de nos temps modernes. Le réalisateur ne filme plus des parrains mais des sales gosses très bling bling, des vicelards puérils ou abjects, des crétins corrompus et corrupteurs… Aussi ironique et sarcastique soit le regard porté sur ce milieu, aussi virtuose soit la façon de Scorsese d’emballer son histoire et ses personnages, il faut donc être prêt à ingérer du lourd pendant trois heures. La limite du film tient peut-être à cette durée, à l’aspect répétitif de scènes orgiaques en tout genre. Le réalisateur s’est probablement laissé un peu emporter par son élan à capter cette énergie débridée, cette frénésie obscène, au point de frôler, comme les personnages centraux, l’overdose. Cela dit, le scénario comporte son lot de moments jubilatoires, notamment quelques scènes de perte de contrôle sous l’influence de drogues. Il exprime aussi de façon intéressante, via le tableau critique des dérives de la haute finance, ce qu’est devenu le rêve américain… Et puis, par ses outrances mêmes, il offre aux acteurs principaux la possibilité de se livrer à quelques compositions délirantes. Fascinant, répugnant, ridicule, grossier, pathétique, Leonardo DiCaprio sort joyeusement et monstrueusement de ses gonds, bien accompagné dans la folie par un étonnant Jonah Hill. À noter aussi la petit rôle très drôle de Matthew McConaughey au début du film.
Chef opérateur : Rodrigo Prieto.
Frédéric Viaux (film vu le 25/12/2013)