Noblesse oblige
Kind Hearts and Coronets
Fiche technique
Mon avis
Portrait savoureux d’un arriviste, serial killer, aussi pervers que flegmatique. Peinture caustique de l’aristocratie de l’Angleterre victorienne. Narration enlevée, où l’élégance du verbe se conjugue à un humour noir, un cynisme allègre, une touche de non-sens… Tout cela ponctué par une ironie finale assez jubilatoire. Ce film, adapté d’un texte de Roy Horniman, est une petite perle de la comédie anglaise. Et un grand succès public de l’époque. Coscénariste et réalisateur, Robert Hamer connaissait à cette occasion l’unique heure de gloire de sa carrière, lui l’auteur d’une dizaine d’autres films plus ou moins passés aux oubliettes de l’histoire du cinéma. Noblesse oblige est aussi connu et reconnu pour la performance d’Alec Guinness qui interprète la bagatelle de huit rôles (sept hommes et une femme). Compositions ambitieuses et réussies pour un acteur qui n’en était qu’à son troisième long-métrage de cinéma, après Les Grandes Espérances et Oliver Twist (deux films de David Lean, 1946 et 1948).
Le titre original de cette comédie, Kind Hearts and Coronets, fait écho à un poème d’Alfred Lord Tennyson, “Lady Clara Vere de Vere”, où l’on peut lire : “Kind hearts are more than coronets, / And simple faith than Norman blood” (Les cœurs purs sont au-dessus des couronnes, / comme la fidélité au-dessus du sang normand).
Frédéric Viaux (film vu le 28/06/2005)
Cet immoral conte moral, enrobé d’humour, se présente d’abord comme un ensemble de variations sur le snobisme aristocratique. Le réalisateur s’est employé de façon judicieuse à fustiger les mœurs d’une famille noble qui tombe en décrépitude, à travers une série d’expressions grotesques et hilarantes. L’humour noir, qui était la spécialité du cinéma anglais et qui baigne tout le film, est succulent à souhait. On y décèle un ton féroce où aucun personnage n’échappe au jeu de massacre. C’est un joli festival d’insolence qui joue diaboliquement sur le charme des vieilles dentelles et sur la mise en pièces de ce charme. Mais le film reste célèbre pour un exploit de comédien : celui d’Alec Guinness dont c’était seulement le 3e film en tant qu’interprète principal, et qui endosse 8 rôles en jouant tous les membres d’une famille, dressant ainsi des portraits savoureux. Un véritable joyau de l’humour british, un subtil mélange de satire sociale, de cynisme, de malice et de cruauté.