Pillion
Pillion
Fiche technique
Mon avis
“Pillion”, en anglais, désigne un siège arrière. C’est la place que va prendre le personnage principal sur la moto de son amant et amoureux, et dans leur vie de couple, basée sur une relation dominant/dominé. Le sujet est scabreux et le film, osé (interdit aux moins de 16 ans). Rien n’y est ordinaire, mais tout est abordé comme si cela l’était, ou presque. Avec un naturel étonnant. Pas de fausse pudeur ici : l’expression d’une sexualité alternative et d’un amour pas comme les autres est assez crue. Mais elle ne verse jamais dans la vulgarité ni dans la provoc’. Probablement parce qu’elle est sans jugement. L’observation et l’étude des personnages se déploient dans le respect de leur mystère. Elles se lovent à l’intérieur de leur relation, sans occulter un regard extérieur, celui des parents et d’une certaine “normalité”, posé avec justesse. Cela donne une romance gay inédite, qui cerne avec simplicité une belle complexité. Et qui consacre l’intelligence, la sensibilité et la maturité du réalisateur, Harry Lighton. Pas mal pour un premier long-métrage… On se demande encore, après coup, comment il est arrivé à faire tenir son film sur un tel fil, avec un sujet aussi “casse-gueule”, en équilibre entre humour et drame, crudité et délicatesse, cruauté et tendresse. Cet équilibre est troublant, souvent malaisant, mais tenu jusqu’au bout d’un récit initiatique qui voit un jeune homme se révéler à lui-même et affirmer ses aspirations profondes. Si la maîtrise dramatique est à souligner, la qualité de l’interprétation l’est tout autant. Celle de Harry Melling, d’une subtilité assez géniale. Celle d’Alexander Skarsgård, dans un registre monolithique et opaque, en parfait contre-emploi. La BO, également, est très bien.
Festival de Cannes 2025, Un certain regard : Prix du scénario.
Frédéric Viaux (film vu le 12/03/2026)