The Mastermind
The Mastermind
Fiche technique
Mon avis
L’affiche du film annonce que Kelly Reichardt revisite le film de braquage. Au vu de sa filmographie très “art et essai”, c’est en soi une information qui titille la curiosité. Et de fait, elle revisite le genre. À sa façon. Hors de tout canon commercial, n’allant ni vers l’action spectaculaire, ni vers la parodie, même si la première moitié du film prête à sourire, eu égard aux maladresses de cambrioleurs amateurs. Le réalisatrice fait dans le minimalisme, la lenteur, une relative atonie et une certaine grisaille visuelle. Les amateurs de films de braquage classiques en seront évidement pour leurs frais. Ce refus des conventions ou même d’un tout-venant “plaisant” force en quelque sorte l’intérêt. D’autant que la réalisation, à défaut d’être flamboyante, est très maîtrisée (cadre, détails). D’autant que la BO jazzy (signée Rob Mazurek) contraste singulièrement avec les images. Et d’autant que le personnage central est tout aussi médiocrement ordinaire que la perspective générale. Ce personnage est un parfait antihéros, qui semble penser peu et mal, et qui devient encore plus loser qu’il ne l’était. On ne peut le classer ni parmi les “beautiful losers”, ni parmi les losers pathétiques, tant il apparaît sans qualité, sans identité forte et sans idéal. On s’en amuse un peu au début, moins à mesure que ses dérives deviennent de plus en plus minables, voire indignes. Kelly Reichardt aborde ce personnage avec une nonchalance apparente qui peut dérouter. Mais son regard est critique et ironique. L’ironie se lit dès le titre du film (“Le Cerveau”) jusqu’à son dénouement, qui voit le personnage rattrapé par une actualité (la guerre du Vietnam) à laquelle il était totalement indifférent. Elle brosse le portrait d’un homme sans conscience, morale ou politique. Un homme qui passe à côté de sa vie, à côté de celle de sa famille, à côté de celle son pays. À côté de tout. Personnage peu aimable, sans revêtir pour autant les habits d’un “méchant”. Pas banal au cinéma. Et très bien interprété par Josh O’Connor, entre candeur et opacité.
Frédéric Viaux (film vu le 12/02/2026)