Yella
Yella
Fiche technique
Mon avis
La qualité du film tient dans son climat d’inquiétante étrangeté, dans sa façon de distiller un malaise et une angoisse qui sont ressentis bizarrement par le personnage principal, Yella. Personnage déphasé, hanté par des visions menaçantes ou des bruits insolites, troublé par une mauvaise conscience et sujet à des moments d’absence ou de curieuse prescience. Le malaise et l’angoisse ont ici des origines diffuses. Il y a d’abord le harcèlement du mari, son impulsivité désespérée, une forme de nervosité explosive que l’on trouve également chez l’homme d’affaires. Il y a par ailleurs quelque chose qui a trait à la peur de l’avenir, à la nécessité urgente de trouver un travail ou une source de revenu, dans un contexte peu engageant. Ce contexte participe de l’inquiétante étrangeté du film, avec ses paysages industriels atones, ses entreprises aux façades de verre, ses hôtels impersonnels, où se croisent dirigeants, huissiers, escrocs… Le réalisateur allemand Christian Petzold réussit à faire sourdre une dimension fantastique vaguement cauchemardesque dans un univers réaliste contemporain, dans le monde du travail et de l’entreprise, froid, déshumanisé, où règne une insécurité permanente. Sociologiquement intéressant par ce qu’il dit de notre époque et de ses angoisses, stylistiquement cohérent (notamment par son rythme un peu flottant qui colle bien à l’intrigue) à défaut d’être très original, le film est cependant moins abouti dans sa structure narrative, inspirée du Carnaval des âmes, de Herk Harvey (très bon film fantastique). La pirouette finale n’est pas totalement convaincante pour justifier les développements précédents (qui auraient pu se suffire à eux-mêmes). Ce gadget narratif laisse malheureusement sur une note plutôt maladroite et artificielle.
Festival de Berlin 2007 : Ours d’argent de la meilleure interprétation féminine pour Nina Hoss (l’actrice fétiche de Christian Petzold).
Frédéric Viaux (film vu le 10/02/2014)