Vous n’avez encore rien vu

Vous n'avez encore rien vu

  • La piste aux étoiles

Fiche technique

Titre en VF
Vous n'avez encore rien vu
Titre en VO
Vous n'avez encore rien vu
Année (copyright)
2012
Réalisateur(s) et acteurs principaux
Réalisateur Alain Resnais, Acteurs, Pierre Arditi, Sabine Azéma, Lambert Wilson, Anne Consigny, Mathieu Amalric, Michel Piccoli, Anny Duperey, Michel Vuillermoz, Hippolyte Girardot, Jean-Noël Brouté, Michel Robin, Jean-Chrétien Sibertin-Blanc, Gérard Lartigau, Denis Podalydès, Andrzej Seweryn, Vimala Pons, Sylvain Dieuaide, Fulvia Collongues, Vincent Chatraix, Jean-Christophe Folly, Vladimir Consigny, Laurent Menoret, Lyn Thibault, Gabriel Dufay
Genre(s)
Drame, Expérimental
Thématiques
Adaptations de pièces de théâtre, Écrivains, Personnages acteurs, Deuils, Mythologie grecque et variations, Amour au-delà de la mort, Mises en abyme, Sur scène, Split-screen, Chef op' Éric Gautier, Films de 2012
Pays de production
France,  Allemagne
Durée
1 h 55 min
Résumé
Pierre Arditi, Sabine Azéma et treize autres acteurs apprennent par téléphone la mort d'Antoine d'Anthac, célèbre dramaturge. Tous sont invités à se rendre à la maison du défunt pour la lecture de son testament. En fait de lecture, il s'agit d'une vidéo dans laquelle apparaît Antoine qui leur demande de visionner la captation des répétitions de sa pièce Eurydice jouée par une jeune troupe de théâtre. Et de décider, eux qui ont interprété cette pièce à différentes époques, si elle mérite d'être représentée.
IMDB

Mon avis

Ce qu’il y a d’intéressant avec Alain Resnais, c’est qu’il ne ressert jamais deux fois le même plat. Chacun de ses films, réussi ou moins réussi, est une nouvelle aventure, une nouvelle expérimentation, une nouvelle illustration de sa fantaisie et de son intelligence. Sa filmographie, qui s’étend sur plus de soixante ans, est bien l’une des plus originales et diversifiées qui soient.

Dans Vous n’avez encore rien vu, il s’appuie sur un scénario coécrit avec Laurent Herbiet, libre adaptation de deux pièces de Jean Anouilh : Eurydice et Cher Antoine ou l’amour raté. Ce scénario fait le grand écart entre l’ancien et le moderne, autour du mythe grec d’Orphée et d’Eurydice. Une histoire d’amour tragique au-delà de la mort, revisitée par Anouilh en 1942 et réinventée aujourd’hui par le tandem Resnais/Herbiet. L’ancien et le moderne se rencontrent dans l’association du fond et de la forme : la matière théâtrale d’Anouilh, légèrement datée, donne naissance à une variation contemporaine (dans un décor d’entrepôt) proposée par de jeunes comédiens, variation qui donne lieu à un film dans le film, visionné par d’autres acteurs qui eux-mêmes, portés par la nostalgie et la passion, se mettent à rejouer la pièce… Le schéma narratif, ainsi présenté, est alambiqué mais très lisible à l’écran ; il témoigne d’une réelle virtuosité, côté scénario et côté réalisation. Car le film va au-delà de la simple mise en abyme, il développe un subtil jeu d’échos et de correspondances entre le film dans le film et l’action principale, tout en démultipliant l’interprétation dans cette action principale, puisque deux acteurs (Arditi, Wilson) et deux actrices (Azéma, Consigny) jouent tour à tour les mêmes personnages d’Orphée et d’Eurydice… Une démultiplication qui se traduit aussi à l’image par l’utilisation répétée du split screen. Bref, ce dispositif au croisement du théâtre et du cinéma a quelque chose de vertigineux et d’assez captivant.

Mais on trouve quand même des choses à redire. Le drame a ses lourdeurs mélodramatiques, appuyées par une interprétation parfois excessive (notamment celle de Sabine Azéma). Et surtout il y a ce parti pris de jouer à fond la carte de l’artifice, jusqu’à une certaine kitscherie visuelle. On peut aussi se demander si le scénario, au final, n’est pas trop « pirouetté ».

Quoi qu’il en soit, la fantaisie du film (sa dimension quasi expérimentale) et la qualité de son orchestration (sur plusieurs niveaux) emportent facilement l’adhésion. Et le fait que cet objet insolite soit la création d’un cinéaste de 90 ans force le respect et l’admiration. Mais au-delà de cette « jeunesse » dans l’inventivité, Resnais distille un parfum funèbre, à travers les thématiques du deuil et du testament, la destinée d’Orphée et d’Eurydice, via également la citation d’un intertitre du Nosferatu de Murnau (« Dès qu’il eut franchi le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre… »). Il est par ailleurs difficile de ne pas établir de rapprochements entre le personnage d’Antoine d’Anthac et Alain Resnais lui-même, ne serait-ce que parce que les acteurs convoqués par le premier sont aussi, à une grande majorité, ceux du second. Ce qui donne à cette histoire hantée par la mort une évidente valeur testamentaire en lien avec le cinéaste, qu’elle soit volontaire ou non. Une valeur testamentaire à laquelle le titre, Vous n’avez encore rien vu, pourrait apporter un malicieux démenti… En écho à un dialogue du film, Resnais n’est-il pas un auteur que l’on dit « dramatique », mais qui a pourtant toujours aimé les « gros effets », la « farce » ?

Pour info, onze des quinze acteurs principaux du film avait déjà travaillé avec le réalisateur. Les quatre « petits nouveaux » sont Denis Podalydès, Andrzej Seweryn, Hippolyte Girardot et Michel Robin. On retrouve d’autres fidèles autour de Resnais : le chef opérateur Éric Gautier, le chef décorateur Jacques Saulnier, le compositeur Mark Snow, le dessinateur Blutch (pour l’affiche). À noter enfin que le film dans le film (la captation des répétitions de la troupe de théâtre) a été tourné par Bruno Podalydès.

Frédéric Viaux (film vu le 07/10/2012)

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