La Gradiva
La Gradiva
Fiche technique
Mon avis
Un film très bien écrit et construit. Humble, fort, “évident”. Plus évident que son titre, qui n’a pas de relais explicite dans le scénario. Après recherche, La Gradiva (qui signifie en latin “celle qui marche”) renvoie à une nouvelle éponyme de l’écrivain allemand Wilhelm Jensen, publiée au début du 20e siècle, qui a inspiré à Sigmund Freud un essai sur l’interprétation des rêves et la notion de refoulement, sur la psychanalyse comparée à l’archéologie. Et d’archéologie il en est bien question dans ce film avec la visite de Pompéi et de quelques musées. De rêves et de refoulement aussi avec l’évocation de la confusion des désirs et des sentiments d’un trio d’adolescents. Le titre (une fois précisé) illustre donc parfaitement ce scénario qui navigue entre présent et passé, offrant un écho symbolique, émotionnel et contemporain au récit de l’éruption du Vésuve, aux fresques pompéiennes illustrant des rituels dionysiaques, à des statues masculines antiques, etc. Le dispositif narratif est habile, sans être ostentatoire, servant avec simplicité et intelligence un propos qui semble très juste et très fouillé sur les adolescents d’aujourd’hui : leurs désirs et leurs frustrations, leur fougue et leur mélancolie, leur joie et leur mal-être, leurs illusions et leurs désillusions… Marine Atlan, connue jusque-là comme cheffe op’ et dont c’est le premier long-métrage en tant que réalisatrice, colle au plus près de ses personnages et les fait exister de manière subtile et sensible. Sa mise en scène donne dans le réalisme social, en s’appuyant sur des acteurs ados non professionnels mais très convaincants, sur une actrice adulte (Antonia Buresi, l’enseignante passionnée mais fatiguée), parfaite dans son rôle, et sur des dialogues qui sonnent “vrais”. L’ensemble est riche de détails qui font sens, dans un engrenage dramatique joliment maîtrisé. Les personnages principaux et leurs histoires cheminent ainsi doucement dans notre tête pour finalement attraper le cœur. Et le serrer.
Grand Prix de la Semaine de la critique au festival de Cannes 2026.
Frédéric Viaux (film vu le 22/10/2026)